Techniques Anatomiques

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Etude des Vaisseaux : Artères et veines - Injection

Principes généraux

L’encre de chine

La cire, les masses de Gerota

L’imprégnation argentique

Le latex

Le Plexène

Le Rhodopas

L’ Altufix

Bibliographie

Qu’il s’agisse de préciser des territoires artériels ou veineux, les anastomoses entre divers territoires, ou de la vascularisation de certains viscères. l’étude des vaisseaux constitue un chapitre important de la recherche anatomique moderne. Les injections réplétives par des masses colorées sont connues depuis 1867 (Swammerdam à Leyde). Elles ont éte sans cesse améliorées par l’emploi de nouveaux produits. Aucune cependant n’est parfaite ni utilisable dans toutes les circonstances : selon l’organe ou la région étudiée diverses méthodes devront être utilisées pour interpréter le resultat de ces injections. Nous citerons : la dissection, la diaphanisation ,la corrosion des pièces entières, ne laissant subsister que le lit vasculaire. L’inclusion suivie de coupes au microtome, permettant des études de microvascularisation. Intermédiaire entre l’histologie et l’anatomie macroscopique, le procédé des coupes épaisses étudiees en transillumination, en fluorescence ou après diaphanisation. La radiographie peut être associée à chacun de ces procédés, elle ne donne pas à elle seule des renseignements topographiques suffisants, mais permet de comparer les documents cliniques aux documents anatomique et de les interpreter. A chaque méthode d’analyse de la pièce correspondra une technique d’injection vasculaire plus spécialement adaptée.

Principes généraux des injections réplétives des vaisseaux artériels et veineux

l) L’injection doit être faite sur la pièce fraîche avant fixation, après fixation, les vaisseaux durcis et oblitérés par des caillots ne peuvent plus être injectés.

2) Toute injection doit être précédée d’un lavage minutieux pour éliminer le sang et les caillots.

3) L’injection du système artériel, faite dans le sens du courant, est facile. Selon la viscosité plus ou moins grande de la masse employée, elle intéressera des ramifications de diamètre plus ou moins petit - l’injection du réseau capillaire ne peut être obtenue que par des produits très diffusibles qui par contre ne renfermeront pas assez de substance de base pour remplir les gros vaisseaux après évaporation du solvant : les masses pour injection vasculaire renferment en effet une substance de base destinée à se solidifier dans la lumière vasculaire après évaporation du solvant qui en permet l’introduction, un colorant (et éventuellement un produit radio-opaque).

4) le même principe permet d’étudier les canaux (biliaires, pancréatiques, glandulaires etc...) et les veines : mais en dehors de certains territoires (veine porte et sinus crâniens etc...), l’injection des veines ne peut être faite à contre courant du fait de la présence de valvules, ce qui rend leur remplissage malaisé. 5) instrumentation : matériel de dissection et de ligature classique aiguilles ou mieux canules de calibre varié, toujours munies de mandrins seringues étanches de gros calibre.

I - Angioarchitectonie Elle a pour but l’étude des artérioles et des capillaires au microscope à faible grossissement :

A- La méthode à l’encre de chine . méthode de Duvernoy

- la plus employée - le produit injecté : deux solutions d’encre de chine filtrée.

Solution 1 : encre de chine filtrée : 3 volumes eau formolée au l/10ème : 1 volume

Solution 2 : encre de chine filtrée : 1 volume eau gélatineuse : : 5 à 15% : 1 volume

Les deux solutions sont conservées au bain marie à 40°. Technique d’injection - Sur une pièce fraîche réchauffée à 40°

Injection de la solution 1 jusqu’à coloration noire des muqueuses, attestant le remplissage du lit capillaire. Injection de la solution 2 pour remplir les vaisseaux les plus importants selon la taille des vaisseaux, utiliser une concentration en gélatine plus ou moins élevée). Examen de la préparation après fixation dans l’eau formolée à 10 % soit dissection dans l’eau sous loupe binoculaire, Soit diaphanisation globale de pièces de petit volume, préalablement fixées sur un cadre rigide s’il s’agit de fragments de tissus ou d’organes fragiles, pour éviter les déformations. Soit inclusion dans la paraffine et coupes épaisses de l’ordre de 200 microns, transversales ou longitudinales, qui sont ensuite déparaffinées au toluène, puis diaphanisées, enfin montées au beaume de Canada entre lame et lamelle, incluses dans un mince moule de plastique ou encore enrobées dans la gélatine glycérinée et collée sur du papier transparent (réf. 5 et 6). Des coupes plus épaisses peuvent être effectuées après congélation, de l’ordre de quelques millimètres à 1 cm d’épaisseur et être diaphanisées par le procédé de Spalteholz. soit coupes minces de l’ordre de 10 microns pour étude microscopique classique, colorables selon les procédés habituels.

B - Méthode de l’imprégnation argentique.

Variante de la précédente ; intérêt théorique : ne colore que les parois vasculaires sans laisser dans leur lumière un résidu susceptible de se répandre lors des coupes ou des manipulations de la pièce (réf. 2).
- canuler le ou les vaisseaux, les laver longuement avec du sérum physiologique (préférable à l’eau car il faciliterait la précipitation du nitrate d’argent).
- perfuser une solution de nitrate d’argent au 1/400 ème jusqu’à obtention du retour veineux, clamper alors la veine et maintenir en hyperpression (environ 80 mm de mercure) pendant 15 minutes.
- laver à l’eau distillée
- perfuser une solution au 1/30eme de révélateur KODAK D. 76 ( on observe la coloration noire de la pièce) pendant environ 10 minutes.
- rincer de nouveau a l’eau distillée
- perfuser pendant 1 à 2 minutes du fixateur pour photographie.
- rincer de nouveau
- Ensuite utilisation de la pièce comme précédemment.

II - La méthodes des injections réplètives en vue de l’étude macroscopique des vaisseaux

A - Les masses de l’anatomie classique

L’imagination des auteurs et les moyens techniques dont ils disposaient ont donné naissance au long des années à de multiples recettes : on a eu ainsi des masses au plâtre, à la gélatine, à la colle, à la colophane etc. Nous citerons parmi les masses destinées au remplissage des cavités volumineuses, les masses à la cire et au suif ( à travailler à chaud).

Formule de DUVAL :

- cire blanche 100 g

- suif 500 g

- térébenthine de Venise 60 a 100 g

coloration ad. libitum. Travailler et utiliser vers 50° à 60°.

Les masses de GEROTA (chefs de file de très nombreuses compositions utilisées en particulier pour l’étude des lymphatiques).

Masse bleue de GEROTA

- bleu de Prusse : 2 g

- essence de térébenthine : 3 g

- éther sulfurique : 15 g

Masse noire

- noir minéral : 5 9

- huile de lin : 5 g

- essence de térébenthine : 10 g

- éther sulfurique : 10 à 15g.

Masse rouge

- cinabre : 5 g

- huile de lin : 15 à 20 gouttes

- essence de térébenthine : 3 g

- chloroforme : 5 g

B-Quant aux injections métalliques : mercure et alliages divers, elles n’ont plus actuellement qu’un intérêt historique, la description très complète de ces procédés classiques sera trouvée dans la Thèse de Bodenreider (ref : 1). Les progrès de la chimie industrielle sont venus enrichir l’Anatomie de techniques nouvelles actuellement couramment employées.

C - Les "Masses" au latex

Matière première : une suspension de latex d’aspect lactescent : latex néoprène 671 (délivré par S.A.F.I.C. Alcan et Cie, 3 rue Bellini 92 - PUTEAUX grands spécialistes du latex, de ses colorants et de ses applications). A colorer par des couleurs spéciales délivrées par cette firme ou par des couleurs universelles pour peinture du commerce (Colorant concentré universel -Peintures de Paris , 44 rue Marius Aufan 92300 Levallois Perret) à mélanger soigneusement en évitant de faire des bulles qui auraient tendance à persister dans le mélange (inconvénient : couleurs un peu fades, du fait de la coloration blanche du produit initial).

Technique d’injection

Après le lavage habituel, injecter tout d’abord une solution ammoniacale qui retardera dans les fins vaisseaux la prise du latex. Passer la seringue à l’eau savonneuse. Aspirer le latex et faire l’injection d’une seule tenue, la prise du latex étant rapide. . Sitôt l’injection faite, replacer le mandrin dans l’aiguille et rincer la seringue a l’eau savonneuse. Laisser durcir à l’air, dans l’eau fraîche ou dans une solution d’acide acétique diluée (facilite la prise du latex) environ 24 à 48 heures. (Le latex, soluble en milieu alcalin d’où l’emploi de l’ammoniaque, coagule en milieu acide). Emploi de la pièce : Après fixation habituelle elle peut être disséquée (les vaisseaux injectes au latex conservant une certaine souplesse, peuvent être sectionnés sans que le produit s’écoule, une fois la prise du latex terminée, le remplissage des fines artérioles est bon. La finesse de l’injection peut être augmentée en débutant l’injection par l’introduction d’encre de chine, suivie de remplissage au latex. On verra ainsi très bien les fines terminaisons vasculaires, mais le moule de latex prendra un teint grisâtre. Les pièces injectées au latex ne peuvent être coupées, tout au moins au microtome, l’élasticité du latex déchirant les tissus. Même après congélation cet inconvénient persiste. Par contre le latex se prête admirablement à la clarification des pièces à condition de choisir un colorant qui ne diffuse pas dans le milieu de diaphanisation.

III - Les matières plastiques Le Plexène (Lambert et Rivière)

- présentation : matériau livré solide en grains plus ou moins finement concassés, incolore ou bleu clair, soluble dans l’acétone, utilisé à 12 % dans l’acétone (plus la concentration est forte, moins bien il remplira les petits vaisseaux mais mieux il moulera les gros).
- coloration : colorants spéciaux pour plastiques ou couleurs universelles pour peinture ; à mélanger jusqu’à disparition complète des grumeaux.

- injection : rinçage de la pièce par la technique habituelle (sérum physiologique ou eau), puis injection d’une certaine quantité d ’acétone pour remplir le lit vasculaire (empêchera le plexène de coaguler rapidement dans les petits vaisseaux) ; ne pas irriguer trop longtemps à l’acétone qui durcit les tissus. Injection en une fois comme pour le latex, suivie des mêmes précautions pour la conservation du matériel, mais le lavage de la seringue se fait cette fois à l’acétone.

- séchage à l’air 24 heures environ. Utilisation de la pièce : corrosion .

Avantages : moule rigide, couleurs vives ; inconvénients : ne remplit pas les très fines artérioles et casse facilement comme du verre ; le remplissage des gros vaisseaux peut laisser à désirer (moules creux ou fragmentaires) surtout si pour améliorer le remplissage des plus fins on a utilisé une solution diluée.

Le Rhodopas (Robert et Carriere) poudre blanche farineuse lorsqu’ elle est concassée ; soluble dans l’acétone (Rhodonas A.X. : copolymère d’acétate de vinyle et de chlorure de vinyle). Emploi et injection identiques (solution a 20 % environ). Le Rhodopas M.E.C. du même laboratoire, produit livré liquide, la mise en solution ayant été faite avant conditionnement (solvant = méthyl-ethylcétone) représente une solution très élégante et très commode. Le produit peut être dilué avec de l’acétone, le rinçage préalable étant effectué comme précédemment. Avantages : réalisation facile de moules de corrosion de couleurs vives. Inconvénients : fragile et dur, ne se prête pas à la dissection et à la coupe. Le méthacrylate d’éthyle (Portex ou Dentarcyl) utilisé pour la prise des empreintes en stomatologie. présentation : poudre rosée que l’on peut colorer avec les colorants. Plastics Bayer, microlithe Ciba ou plus simplement avec de la poudre rouge de Carmin ou du bleu de méthylene en poudre. Emploi : 100 g de poudre dans 250 cm3 de solvant spécial (inflammable), ou d’acétone ; Injection : comme les précédents , durcit à l’air, mais le moule obtenu serait moins fragile (réf. 4).

Les résines Polyester. D’un emploi plus délicat puisqu’ il faut mélanger la résine en poudre dans le monomère, introduire au dernier moment un catalyseur et un accélérateur en tenant compte de la température et du degré hygrométrique du milieu ambiant qui peuvent modifier les délais de catalyse, elles présentent de très grands avantages : très bonne injection des fins vaisseaux, absence de rétraction dans les vaisseaux de gros calibre, incorporation possible d’un radio-opaque (carbonate de plomb par exemple sous forme d’une suspension relativement homogène et stable pendant les quelques minutes nécessaires à l’injection). Dans le laboratoire du Professeur Delmas, Monsieur Délecourt a mis au point l’utilisation de la résine Polyester C.P.S.L. 1108 de Rhone Progyl. Le moule obtenu peut être étudié par corrosion, radiographie au besoin dissection par "élagage" du moule comme toutes les pièces de corrosion. La présence de vaisseaux n’est pas un obstacle à la coupe de la pièce après congélation, tout au moins pour les coupes épaisses faites à la scie. La coupe au couteau à main levée est impossible si elle intéresse des vaisseaux de diamètre notable (plus d’un l0 ème de millimètre environ). La diaphanisation est possible à condition de choisir là encore un colorant non diffusible mais ne constitue pas une bonne indication de la résine. Les moules vasculaires fragiles risquant d’être brisés lors des manipulations.

L’Altufix Le méthacrylate de méthyle, Altufix adhésive P10 (Altulor, Paris, Défense 2, France) est mélangé au catalyseur add B dans les proportions de 4%. La liquéfaction du produit par réchauffement au bain-marie entraîne une accélération de la polymérisation du produit. Un colorant peut être associé au mélange ainsi que du Minium (Plomb (II, IV) Oxyde, rouge, Prolabo, Fontenay-sous-bois, France) (2c à café=14g), produit de contraste utilisé pour l’étude radiologique. Le mélange sera fait dans un récipient à fond plat et sur une grande surface de façon à éviter les bulles. A température ambiante compter environ 5 à 6 heures afin que la polymérisation soit complète.

IV - Les fluorescents biologiques

sont plus des techniques de chirurgie expérimentale que de laboratoire anatomique. Injectés in vivo, ils permettent un repérage très précis des territoires vasculaires et du retour veineux puisqu’ils suivent le courant circulatoire. Certains de ces produits ont été employés mélangés avec des opacifiants radiologiques et même avec du rhodopas, permettant d’obtenir des moules vasculaires fluorescents. (ref. 9 et 7).

V - Les méthodes radio-anatomiques Certains procédés sont directement inspires de la clinique humaine (phlébographie en circulation bloquée des veines rénales, phlébographie des sinus veineux du crâne etc...). Les territoires artériels d’un viscère peuvent être injectés sur la table de radio, de préférence avec des opacifiants huileux (toute la famille des lipiodols) car les hydrosolubles diffusent presque immédiatement hors des parois vasculaires donnant des images floconneuses.

VI - Les injections réplètives radio-opaques permettent d’associer les renseignements obtenus par la radiographie avec ceux de la dissection ou de la corrosion, et de les comparer. Le radio-opaque est ajouté soit au latex, soit aux résines (réf. 8). Le meilleur produit semble être le minium qui fournit un excellent contraste et dont les particules sont assez fines pour pénétrer de fines artérioles. Il ne sera qu’en suspension (d’où nécessité de pratiquer un brassage vigoureux par des mouvements de va et vient du piston avant de remplir la seringue). une étude micro-angiographique peut être obtenue avec le thorostrast, ou des émulsions barytées (type baryx colloidal) mélangées ou non à une masse colorée fluide. Utiliser pour la radio les films sans écran Kodirex Kodak à grains fins ; l’ agrandissement photographique des images obtenues permet une étude des fines ramifications vasculaires ; combinée à l’emploi d’un colorant, elle permet la comparaison avec les coupes de 200 microns ou les pièces diaphanisées comme dans le 1er chapitre (ref. 3).

BIBLIOGRAPHIE

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